Môtiers, Val-de-Travers
 


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MÔTIERS / VAL-DE-TRAVERS / SUISSE > ANNEXES

Musée neuchâtelois, fabriquants de poêles peints au Val-de-Travers

On sait la renommée qu'avait Couvet pour la fabrication de poêles et autres objets de faïence. Le compte rendu de l'assemblée annuelle de la Société d'histoire, réunie à Couvet le 10 juin 1872, reproduit le discours prononcé par Fritz Berthoud, président de la société. Il disait entre autres (Musée neuchâtelois, 1872, p. 168) : « La poterie, déjà au XVIe siècle, et sans doute auparavant, était une industrie florissante. ... Couvet était célèbre alors dans toute la Bourgogne, non seulement pour ses réchauds, chaufferets ou covets, mais encore par ses magnifiques poêles de faïence peints aux couleurs éclatantes qui faisaient l'ornement des châteaux. » II y aurait eu sur la rive droite de l'Areuse à Couvet, au quartier de Saint-Gervais, connu plus anciennement sous le nom de Gros-Tarde, une exploitation de marne, amassée en cet endroit par un écoulement du Burcle. Ce serait cette terre qui aurait suscité une industrie de «temniers», ou poêliers, à Couvet.

Mais jamais, à ma connaissance, on n'a signalé un poêle signé d'un des artisans de ce village ; et pourtant toutes les maisons notables dans le Val- de-Travers avaient leur poêle de carreaux de faïence, improprement appelés aujourd'hui « catelles », déformation de mot allemand Kachel. Couvet est la seule localité neuchâteloise passant pour avoir eu des « terriniers ».

Référons-nous encore à une réunion de la Société d'histoire, celle de 1881, à Môtiers cette fois. A cette occasion, une exposition avait été orga- nisée, où se trouvaient réunis les objets recueillis dans la localité. Y figurait, entre autres, un plat de terre rouge fine émaillée, qui aurait été fabriqué en 1818 par Louis Petitpierre, avec de la terre de Couvet. Ce plat était probablement signé et daté pour qu'une indication aussi précise ait pu être donnée : peut-être ce plat pourrait-il être retrouvé dans la famille qui l'avait confié à l'exposition de 1881, et qui certainement le considérait comme un objet précieux. D'autre part, l'ouvrage de Quartier-La-Tente, Le Canton de Neiichâfel, révèle quelques noms de poêliers originaires de Couvet (Le Val-de-Travers, p. 482), mais sous la forme d'une simple énumé- ration et sans aucune date. Aucune référence non plus aux ouvrages de ces artisans. Récemment, M. André Petitpierre signalait dans une revue locale (Feuillet Dubied, septembre 1965) le nom du dernier céramiste du Val- de-Travers, Jules Petitpierre (1839-1913), qui exploitait aux Champs-Girard, au sud de Couvet, un four de potier. La maison qui l'abritait a été démolie en 1942 ; le four lui-même est installé maintenant au château de Môtiers. Mais il paraît bien que Jules Petitpierre ne fabriquait que de la vaisselle rustique, et qu'aucun poêle ne sortit de son modeste atelier.

Toute lumière qui peut être projetée sur une ancienne industrie de notre pays et sur les artistes qui s'y adonnaient a pour nous une grande importance. Aussi je me fais un plaisir de donner ici un renseignement qui m'a été fourni pai le D1' Gilbert DuPasquier : Au cours d'une excursion qu'il fit pendant l'hiver 1964-1965 au lac des Taillères et d'une visite qu'il rendit à M11® Matthey, propriétaire d'une maison située près du lac, il vit un beau poêle décoré de paysages, sur carreaux émaillés blanc-bleuté. Il crut tout d'abord que le poêle était une production de Landolt, comme on en voit beaucoup à Neuchâtel et dans le Vignoble, mais M116 Matthey le détrompa en lui faisant voir sur un des carreaux la signature :

Fait par Du Bois et Du Terraux a S Sulpice 1804

Voici donc une indication précieuse qui mérite, me paraît-il, d'être signalée. Mais comment identifier ces noms ? Si Dubois, patronyme répandu dans plusieurs villages du Vallon, peut fort bien avoir été celui d'un i terri- nier » au début du XIXe siècle, le nom Terraux paraît ici bien insolite. On sait qu'une famille Terraux, issue des nobles Vautravers, se perpétua jusqu siècle dernier (le major Samuel-Auguste mourut à Môtiers en 11826), mais il invraisemblable'un membre de cette magistrats et d'officiers soit devenu simple « terrinier Saint- Sulpice ! Or, tournant vivait dans ce village précisément certain Charles-Louis Dubois que sa mère, Marie-Louise avait donné son baptême, 1764, maire Verrières Charles-Auguste Terraux. la suite, Dubois, reconnu par père, prétendit porter Conseil'Etat lui refusa positivement 1814. alias pourrait être auteurs poêle Taillères ; activité Saint-Sulpice étant attestée 1797 déjà (mention profession registre décès paroisse). Travaillait-il collaboration avec ses parents ? C'est plausible, l'inscription trop sommaire pour justifier nouvelle hypothèse. découverte entraîne autre. Dernièrement, M. Pierre-Arnold Borel, négociant Chaux-de-Fonds, me signalait'existence Brot- Dessous apparenté précédent. voit'hôte Couronne, dans l'appartement du tenancier. Les carreaux de teinte carmin sont ornés de scènes de genre Louis XV, de chinoiseries et d'une amusante effigie de Frédéric II à cheval, le corps même du poêle étant vert uni. Sur la corniche se lisent les deux inscriptions suivantes :

C.L. DB DTerraux L'an 1800 et Pierre Girardier lieuten. et à Brot 1800

Ce dernier est, à n'en pas douter, le maître de l'ouvrage. Il s'agit d'Isaac-Pierre Girardier, de Rochefort et Brot, né en 1759, lieutenant, puis capitaine de la compagnie de milices de Rochefort, propriétaire de l'auberge de la Couronne. L'autre signature est celle du poêlier : Charles-Louis Du Bois Du Terraux. Voilà donc déjà deux œuvres à mettre au compte d'un artiste qui a dû laisser d'autres traces encore de son activité.

Seul un inventaire des poêles signés et datés du canton nous permet- trait de refaire une histoire complète de cette industrie. Je suis convaincu que plus d'un lecteur du Musée neuchâtelois s'intéresse au poêle qui se trouve dans sa maison ou dans celle d'un ami ; peut-être cet article lui donnera-t-il l'idée de chercher une signature, s'il ne l'a pas encore vue.

Je signale pour commencer cette enquête que je possède un beau poêle en carreaux émaillés blanc-bleu, décorés de paysages ou de scènes rustiques, couleur lie de vin (manganèse). Ce poêle, que j'ai dans ma maison de la Lance, se trouvait autrefois dans une vieille demeure de famille au Pâquier, à Fleurier. Il avait été démonté et mis dans des caisses, où j'ai été heureux de le retrouver pour le remonter dans ma propriété au bord du lac, où il ne se trouve nullement dépaysé. Ce poêle est signé Fridolin Lager, 1788, ce qui prouve qu'à Fleurier, à la fin du XVIIIe siècle, on faisait encore appel aux fabricants alémaniques, malgré l'atelier Dubois à Saint-Sulpice. Un Johannes Lagcr, Kachelmaler, est cité dans le Dictionnaire des artistes suisses (1908) : venu de Mollis à Berne en 1793, il mourut dans cette ville en 1819. Fridolin, 1739-1807, était son père. Cet artiste est l'auteur du décor peint de plusieurs poêles connus, dont certains sont signalés par Alfred Godet, dans le Musée neuchâfelois (1885, pp. 166 et 167). Le Dictionnaire a négligé son nom.

Je fais donc des vœux pour que les noms d'autres céramistes neuchâte- lois viennent au jour. Cette branche de l'industrie du pays a été, somme toute, peu étudiée chez nous, et elle mériterait de l'être, vu le nombre de témoins qu'elle a laissés dans le canton : témoins de qualité très diverse il est vrai, et dont aucun ne peut être comparé aux fameux poêles Pfau, de Winterthour.

Hugues jéquier, avec la collaboration de A. schnegg. Musée neuchâtelois